lundi, 23 mai 2022|

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SANS NOUS REUNIR LE DIMANCHE POUR CELEBRER L’EUCHARISTIE, NOUS NE POUVONS PAS VIVRE

Le titre de notre partage est tiré du fond du cœur courageux et bon des chrétiens face à la persécution de l’empereur romain Dioclétien en l’an 304. Interdits par l’empereur de posséder les saintes écritures, de construire des lieux pour prier, mais surtout de se réunir le Dimanche pour célébrer l’Eucharistie, ils ont proclamé jusqu’au bout la fidélité de Dieu. Quarante neuf chrétiens furent arrêtés à Abitene, une ville située dans l’actuelle Tunisie. Ils furent amenés à Carthage pour être jugés par Anulinus le proconsul. Interrogés du pourquoi de leur acte, l’un d’eux Emeritus donna cette réponse venant certainement de l’Esprit : « SINE DOMINICO NON POSSUMUS » ; « SANS NOUS REUNIR LE DIMANCHE POUR CELEBRER L’EUCHARISTIE, NOUS NE POUVONS PAS VIVRE ». Ils furent enfin martyrisés, ils versèrent leur sang par fidélité à Jésus-Christ, le premier qui a versé son sang pour la multitude.

www.radinrue.com le VI - III - MMXXII, 20:00 par Abbé Raphaël Faye du Diocèse de Thiès.

Aujourd’hui dimanche, les chrétiens du Sénégal peuvent se retrouver dans ces paroles qui révèlent la réalité de leur salut obtenu en Jésus-Christ Fils de Dieu. Ils comprennent aussi que les paroles blasphématoires de l’Imam Sall font partie de ces multiples irrévérences qu’ils ne cessent d’endurer dans un pays qui n’est pas islamique, mais laïc et démocratique.

Le Sénégal, nous sommes fiers de crier haut et fort qu’il est un havre de paix et de téranga. Cette vérité court le danger d’être corrodée par des dérives djihadistes, des propos qui sont à l’encontre de la cohésion sociale dans les réseaux sociaux. En plus, chez beaucoup de sénégalais, les chrétiens sont des minorités. Le Sénégal se comprend comme un peuple, qui veut atteindre les mêmes objectifs de développement intégral de la société qui incluent la cohésion sociale, soutenus par les valeurs culturelles et religieuses que nous partageons tous. Le Sénégal (Un Peuple, Un but, une Foi). Comme le soulignait l’Abbé Henri CISS : « Dans une république laïque, il n’y a pas de minorité. Tous les citoyens sont égaux en droit, en dignité. L’appartenance religieuse ne détermine pas la place des citoyens au sein de la nation. Les chrétiens ne peuvent pas être des sous-citoyens tolérés dans leur propre pays ». Notre égalité se fonde sur le fait que nous habitons tous le même pays ayant les mêmes droits et devoirs. Si pour parler des chrétiens, il faut utiliser le mot tolérance, cela cache des intentions inavouées qui risquent de se dévoiler un jour. Ces signes non cohérents avec ce qu’est le Sénégal, les chrétiens les lisent dans une posture supérieure qui se situe sur l’Espérance à laquelle ils doivent rendre compte (1P 3, 15). Ils sont dans la société pour apporter leur contribution au développement et en même temps, ils aspirent à la cité parfaite.

Les propos de l’Imam Sall sur notre profession de foi du Dimanche sont hérétiques, c’est-à-dire qu’ils ne correspondent pas à la vraie foi. D’abord, le Jour du Dimanche est le premier jour de la semaine chrétienne. Selon la présentation générale du Missel Romain, le dimanche est « le premier jour de chaque semaine, qui est appelé jour du Seigneur ou dimanche, en vertu d’une tradition apostolique, qui remonte au jour même de la résurrection du Christ, l’Eglise célèbre le mystère pascal. C’est pourquoi le dimanche doit être tenu pour le jour de fête primordial »(présentation générale du Missel Romain, Normes générales de l’Année liturgique, chapitre I, n°4). Le dimanche est le jour de la Nouvelle création, le Jour de la nouvelle manière d’être Homme. L’assemblée du dimanche est une fête où nous célébrons notre SALUT. Qui nous apporte ce Salut ? Jésus-Christ, Fils de Dieu qui est allé jusqu’à la Croix pour tout homme et toute femme, mais qui est ressuscité pour apporter une Nouvelle Vie qui ne peut être atteinte par la mort. Ensuite, le dimanche, Jour du Seigneur est un moment de repos en Dieu. Les chrétiens se réunissent le dimanche pour écouter la Parole Dieu, répondre à cette Parole par la profession de foi. Celle-ci n’est pas une invention de l’Eglise, c’est lui-même qui s’est révélé ainsi. Le Dieu créateur du Ciel et de la terre est UN, MAIS PAS SOLITAIRE ET LOINTAIN. Il est communion et relation d’amour. Il est proche en Jésus son Fils. Dieu n’est pas bien sûr un homme comme nous pour avoir un Fils à la manière humaine. Nous croyons que Jésus est Fils de Dieu parce que c’est lui-même qui nous le révèle. Cette révélation est crédible parce qu’elle n’est pas une construction humaine, elle vient du Christ. Elle n’est pas contraignante, elle s’accueille librement et elle se comprend à l’intérieur de la lumière de la Foi. Elle n’est pas contraire à la raison puisque c’est à l’Homme que Dieu s’adresse à travers son cœur, son intelligence. Il est capable de donner une réponse libre qui le met en chemin de compréhension continue. C’est avec son cœur et sa raison que le chrétien se met devant le mystère de Dieu. L’Eglise ne peut pas prendre les ailes du fidéisme et du fondamentalisme. Deux attitudes qui humilient la raison. Elle ne prend pas non plus celle du rationalisme sec qui limite la réalité au palpable et à l’expérimentable.

Le Chrétien proclame que le Dieu créateur et Puissant est aussi un Père. Il n’est pas simplement un Juge terrible qui a son fouet pour frapper. Il se laisse toucher par nos misères. Nous pouvons le dire parce qu’il l’a déjà fait en nous donnant Jésus-Christ, celui qui est mort sur la Croix pour nos péchés. Qui peut comprendre ce don si ce n’est celui qui a expérimenté l’amour du Père. Le crucifié est toujours un scandale (1co 1), une pierre d’achoppement pour beaucoup. Les persécutions envers les chrétiens sont inséparables de la Croix, lieu d’amour et de fidélité de Dieu. La Croix, espérance des chrétiens, rend manifeste aussi le péché du monde, les chaînes de violence et de haine qui enchaînent souvent les cœurs des hommes, qui peuvent aller jusqu’au meurtre. Pour le Chrétien, Jésus n’est pas mort pour des idées hautes et des querelles de doctrine. Il est mort et ressuscité pour ouvrir le chemin de la Vie Eternelle devant l’énigme insoluble de la mort. En cela il est SAUVEUR ET SEIGNEUR. Ce Christ n’est pas un fantôme, une chimère construite par l’Eglise. Il est un homme historique, qui a vécu dans notre histoire pour l’orienter vers Dieu. Jésus a révélé le dessein de Dieu et a offert à l’humanité une destinée. Le cœur de l’Homme peut-il accueillir la seigneurie du Christ par ses propres forces ? Un don s’accueille par une ouverture de cœur. Dieu le Père a donné son Fils et il a donné la capacité de l’accueillir. Cette capacité qu’il donne, c’est l’Esprit Saint qui est sans visage, mais qui se manifeste par son action. Il anime les chrétiens et leur permet de confesser la Seigneurie du Christ et d’expérimenter l’amour de Dieu. L’Esprit Saint n’est pas une énergie volatile, il est l’Esprit de Dieu le Père et du Fils, il est Dieu aussi, il est le courant qui passe du Père au Fils et du Fils au Père. Et les chrétiens croient que tout homme qui fait le bien et marche dans la justice est animé par lui. Le Père et le Fils l’envoient cinquante (50) jours après la résurrection, c’est-à-dire la victoire du Christ sur la mort et dix jours après l’Ascension, c’est-à-dire la montée du Christ vers son Père. L’Esprit n’est pas descendu des siècles après la montée du Christ. Avant de retourner au Père, il fallait que ceux qui étaient avec lui puissent savoir qu’ils doivent continuer sa mission. Et pour le faire, ils doivent être remplis de l’Esprit Saint qui était d’abord en plénitude sur le Christ. Le champ de leur mission est le monde.

Enfin, les chrétiens se réunissent le dimanche pour se laisser nourrir par la Parole qui se fait pain de vie, source d’immortalité. Jésus est toujours présent au milieu de son Eglise et l’Eucharistie est le sacrement de sa présence. La messe n’est pas un spectacle pour se divertir, elle est une œuvre de Dieu qui actualise ce que Jésus a fait pour nous. Elle nous attire aussi vers le royaume de Dieu. Loin d’être le lieu de sentiments religieux, la messe du dimanche célèbre l’Amour de Dieu qui dépasse la vertu de la religion. Il suppose cette vertu, mais l’accomplit. De ce fait, le chrétien prie par cet amour, dans cet amour et pour cet amour. Sa prière n’est pas un adoucissement de la conscience en face d’un Dieu lointain. Il sait que Dieu est présent et qu’il agit. Pour bien prier, il faut qu’il professe une foi juste (Lex Orandi, Lex credendi-La règle de la prière correspond à la règle de foi). La prière doit répondre à l’explicitation de la foi.

Les chrétiens sont-ils indifférents à la société sénégalaise et ses défis ? La foi des chrétiens se vit au cœur de la société. Dans une société de liberté religieuse, l’Eglise ne peut être absente au rendez-vous du donner et du recevoir au concert de toutes les religions. D’ailleurs, elle a pour mission de répandre la lumière du Christ partout et de s’engager là où la vérité de l’Homme est bafouée. Elle vit de la nouvelle vie évangélique, une éthique nouvelle qui doit produire des fruits de charité, de justice, de solidarité et de fraternité. Elle ne suit pas aveuglément la marche du monde. Elle discerne où se trouvent les signes de Dieu pour redonner espérance et saveur de vie. Elle reste fidèle aux commandements de Dieu renouvelés par le Christ. Aimer Dieu et son prochain est le chemin d’humanisation et d’hominisation qu’elle prêche. Elle s’engage pour cela. Les preuves de l’engagement de l’Eglise se voient dans les secteurs de l’éducation base, du développement de l’humain et de la société, de la santé, du développement et l’épanouissement de la jeunesse, etc. Tout cela est possible grâce au feu de la Charité qui brule en son sein. Quand elle proclame Dieu est Amour, elle vit de cet amour et sa marche dans ce monde sera toujours une compréhension renouvelée de cet Amour (Cardinal Ladaria) qu’est Dieu même.

Abbé Raphaël Faye

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